Chroniques de cabinet - Les choses auxquelles je n'avais absolument pas pensé en choisissant mon cabinet
6/30/2026


4 mois que je suis installée. J'adore mon cabinet. Mais en seulement quelques mois de pratique, j'ai découvert une quantité de détails auxquels je n'avais absolument jamais pensé pendant mes recherches. Et, avec le recul, ce sont eux qui influencent aujourd'hui le plus mon quotidien.
On trouve facilement des articles qui expliquent qu'il faut regarder le parking, les transports en commun, la proximité des médecins, les normes PMR... Tout cela est vrai. Mais ce ne sont pas ces sujets-là dont j'ai envie de vous parler aujourd'hui. Voici les choses que j'aurais aimé que l'on me dise avant de m'installer.
Il y a quelques mois, j'avais très peur de m'installer. Louer un cabinet me paraissait être l'engagement d'une vie. Je rentrais tout juste de Chine, j'avais commencé un travail aux trois-quarts temps où je gagnais une misère et j'avais des dettes. Autant vous dire que je me voyais déjà avoir fait toutes ces études sans parvenir à transformer l'essai en ouvrant mon cabinet.
En faisant une simple recherche sur LeBonCoin, je me suis aperçue que les cabinets, ce n'est pas ce qu'il manquait. Les formules étaient aussi très flexibles : à l'heure, à la demi-journée, à la journée hebdomadaire ou mensuelle... À ce moment-là, mon seul critère était :
"ÊTRE EN CEEENTRE VIIIILLE !"
Pourquoi ? Parce qu'il y a une concentration de population, pardis ! Et aussi parce que l'accès est bien plus évident. En transport en commun peut-être... Mais en voiture ? Que nenni !
Vous voyez comme le projet était bancal ?
Munie de mes pauvres arguments, je suis allée visiter un centre qui les regroupait parfaitement. Je me suis retrouvée dans une maison découpée en cinq cabinets où les thérapeutes louaient à la demi-journée. Imaginez le nombre de personnes qui tournaient là-dedans. Les cabinets étaient propres, mais impersonnels. Les meilleurs créneaux étaient déjà réservés (on en reparlera bientôt). Et le propriétaire était le stéréotype de "l'entrepreneur du cœur". Thérapeute qui avait flairé le business mais qui, sous couvert de bienveillance et d'altruisme, pratiquait des tarifs largement au-dessus de la moyenne. L'ambiance bien-être qui régnait là-dedans a fini par pousser mon instinct à fuir.
En fait, entre inconscience et conscience, je sentais que je n'arriverais pas à développer ma posture de thérapeute. Pas d'un point de vue financier, mais parce que ne pas avoir un lieu avec ses propres objets, imprégné de l'énergie d'autres thérapeutes que l'on ne connaît pas, dans un endroit qui reflète un domaine — le bien-être — dont on cherche justement à se distinguer, ne permet pas de créer les conditions indispensables pour exercer de manière sereine.
Avec le recul, je crois que je ne cherchais pas simplement quatre murs. Je cherchais un endroit où je pourrais devenir praticienne. Un lieu qui me ressemble. Où les objets restent à leur place. Où les patients finissent par reconnaître mon univers. Où je peux construire mes habitudes de consultation.
Au début, on croit que la légitimité vient avec la certification. En réalité, elle se construit aussi en investissant un espace que l'on habite jour après jour. Et il est là tout l'enjeu lorsque l'on débute en acupuncture. Investir un lieu qui nous donne notre légitimité propre.
On manque souvent cruellement de confiance en soi et d'autorité (voir l'article sur les piliers du thérapeute). Rien n'est en notre faveur : ni la loi, ni les fantasmes que projettent les gens sur la médecine chinoise, encore moins le fait qu'elle soit régulièrement remise en question sur le plan scientifique. On se doit donc de mettre toutes les chances de notre côté.
J'ai eu beaucoup de chance en trouvant un cabinet tout de suite après. Je devais prendre le bail seule (aaahhhh...), mais les propriétaires, qui n'ont pas spécialement besoin d'argent, proposent volontairement des loyers bas pour favoriser l'installation de jeunes praticiens. J'ai eu le droit de sous-louer, ce qui fait qu'aujourd'hui mon loyer me revient à l'équivalent de 4 ou 5 patients par mois (après URSSAF).
J'ai eu peur au début, mais c'est probablement le meilleur choix que j'ai fait. J'ai meublé à ma sauce. Je me suis approprié les lieux. C'est mon espace. Un espace que j'apprivoise à chaque séance et qui contribue énormément à me sentir plus légitime dans ma posture de praticienne.
Quand tu seras en quête d'un lieu qui te plaît, voici les choses auxquelles je te conseille de prêter une attention toute particulière.
1. De l'aération tu t'inquiéteras
Mois 1 : 2 rendez-vous.
Mois 2 : 13 rendez-vous.
Mois 3 : 21 rendez-vous.
C'est là que le moxa a commencé à poser problème.
Mon cabinet fait 12 m². Une seule fenêtre. Je consulte le matin. Ma sous-loueuse l'après-midi. Entre nos consultations : une heure de battement. Moi, grande fan de moxa, et parce que la majorité de nos concitoyens ont un yang un peu faiblard, j'utilisais généreusement du moxa sur aiguille.
Le moxa que j'utilisais ? Très peu cher. Qualité médiocre. Pourquoi ? Parce que personne ne m'avait expliqué concrètement comment choisir un bon moxa. J'avais acheté dix bâtons. Je comptais bien les finir.
Ma sous-loueuse a commencé à se plaindre de l'odeur. J'ai diminué le moxa. Puis mes colocataires (une kiné et une psychologue) ont commencé à ouvrir la porte du cabinet tous les jours. Puis une patiente, qui attendait dans le couloir, est sortie dehors parce que l'odeur la dérangeait. Moi-même, je commençais à avoir honte d'utiliser ces moxas qui sentaient franchement mauvais. J'ai refait l'encadrement de la porte. Rien. Un coussin dessous ? Toujours pas d'amélioration.
Le jour où la psychologue m'a rapporté qu'une de ses patientes trouvait que le couloir sentait... la clop........................... j'ai commandé le moxa sans fumée dans la journée.
Aujourd'hui, je m'y suis habituée. Je l'apprécie même. Mais j'ai hâte du jour où je pourrai de nouveau utiliser mon moxa préféré.
2. De l'isolation tu t'intéresseras
Quand on fait de la médecine chinoise, on sait que pour les traitements de déficience, le calme et le repos sont les bienvenus. Comme ces séances représentent environ 80 % de mes consultations, il est essentiel d'apporter ce confort au patient. J'ai très vite acheté une enceinte qui diffuse une musique douce et j'ai appris progressivement à favoriser cet état : le son de ma voix, ma manière de me déplacer dans le cabinet, le moment où je parle... et surtout le moment où je me tais.
Au début, comme j'avais très peu de consultations, j'entendais parfois ma collègue kiné, mais trop peu pour que ce soit réellement gênant. Maintenant que j'ai davantage de rendez-vous (oh yeah), je m'aperçois que l'on entend parfois entre 20 et 80 % de ses séances. Et c'est là que j'ai découvert quelque chose auquel je n'avais absolument pas pensé.
Ce n'est pas seulement le patient qui est perturbé. C'est aussi le thérapeute. Quand je l'entends parler, je me crispe. Si je n'ai pas pris le temps de faire mon Qi Gong avant de consulter, je remarque que je suis moins disponible pour mon patient. Une partie de mon attention reste accrochée à la voix de la kiné. Je parle moins doucement. J'hésite davantage à laisser des silences, de peur que mon patient entende la conversation d'à côté.
On pense souvent que l'isolation sert au confort du patient. En réalité, elle protège aussi la qualité de présence du thérapeute.
(La psychologue a finalement contacté le propriétaire pour demander des travaux.)
3. De la température tu te préoccuperas
Ahhh... les canicules. Les canicules dans un 12 m², ça veut potentiellement dire s'encombrer d'un ventilateur. Outre le fait qu'on n'a pas envie de passer des heures à en trouver un qui ne fasse pas de bruit, on ne veut surtout pas que ce vent atteigne directement le corps du patient.
Dans ma grande chance, j'ai trouvé un cabinet semi-enterré.
L'hiver, d'accord, on dépense un peu plus en chauffage.
L'été, en revanche...
Quel bonheur.
J'adore accueillir des patients qui arrivent en nage et les voir pousser un soupir de soulagement dès qu'ils entrent dans cette fraîcheur.
Je n'avais jamais pensé que la température d'un cabinet pouvait autant participer au confort d'une consultation.
4. De l'environnement extérieur tu te soucieras
Je vous ai parlé de mes déboires de colocation.
Mais quel bonheur d'être entourée d'arbres qui abritent une multitude d'oiseaux.
À certaines saisons, ils chantent plus fort que mon enceinte.
Et je vois ma playlist se faire battre à plate couture par cette concurrence que personne n'avait prévue.
Environ 70 % de mes patients me parlent spontanément de ces oiseaux.
Comme quoi, parfois, la meilleure musique d'ambiance est déjà dehors.
5. Stratégique, tu seras
Quand on visite un local, on pense surtout à ce qui est immobile.
Où est la cuisine ?
Y a-t-il des toilettes ?
Le cabinet est-il assez grand ?
En revanche, on pense très peu à la circulation des humains.
Pourtant, chaque patient vivra exactement le même parcours.
Il sonnera.
Il attendra.
Il ira peut-être aux toilettes.
Il croisera d'autres patients.
Il entendra peut-être une porte claquer.
Aujourd'hui, je me rends compte que j'aurais dû réfléchir davantage à ces flux.
Si tu peux, éloigne ton cabinet de la sonnette, des toilettes ou des zones de passage.
Ce sont des détails.
Mais répétés plusieurs fois par jour, ils finissent par façonner l'ambiance de tes consultations.
Conclusion
Aujourd'hui, si je devais recommencer, je visiterais un cabinet complètement différemment.
Je regarderais moins le quartier et davantage la lumière, le silence, les odeurs, l'aération, la température, la manière dont les patients circulent et tous ces petits détails qui influencent réellement une journée de consultation.
Parce qu'au fond, on ne choisit pas seulement un local.
On choisit les conditions dans lesquelles on va exercer notre métier pendant des années.
