5 choses qui surprennent pendant un internat de médecine chinoise en Chine
FOCUS SUR LA CHINE
5/20/20264 min read


Au début de mon internat en Chine, j'ai été très surprise par la manière dont les hôpitaux fonctionnaient, le rapport des Chinois à leur corps et aussi leur manière de pratiquer la médecine chinoise.
1. Les Chinois ne connaissent pas les numéros internationaux des points
Pendant l'ensemble de mon internat, j'avais régulièrement mes camarades internes qui me demandaient si je connaissais le nom des points en chinois car ils avaient entendu dire que les Occidentaux utilisaient un système numérique. Ils trouvaient cela très peu pédagogique et très difficile à retenir car le nom des points apporte souvent une indication sur la localisation ou la fonction. Si vous partez là-bas sans traducteur, assurez-vous de connaître les points en chinois car “Rate 6” ne trouvera aucun écho en Chine.
2. Les consultations sont extrêmement rapides… et organisées comme une véritable chaîne clinique
Dans l'hôpital où j'effectuais mon internat, la durée d'une consultation était de 6 min. Nous voyions en moyenne 40 patients par demi-journée. Pour qu'un tel système fonctionne, il faut une armée de bras et de cerveaux coordonnés = LES INTERNES.
La règle est simple : plus un médecin est réputé, plus il reçoit de patients… et plus l’hôpital lui attribue d’internes. Au maximum, nous avons déjà été 8 internes pour assister un seul médecin, avec une organisation très précise :
1 interne qui appelle les patients (sinon tout le monde essaie d’entrer en même temps),
3 internes qui rédigent les anamnèses,
1 interne qui vérifie que tout soit clair et lisible pour le médecin,
1 interne qui rédige la formule de plantes,
1 interne qui vérifie la formule (place la plus convoitée car elle n'a pas la pression du médecin sur la rapidité de rédaction de la formule et peut donc VRAIMENT observer le cas clinique, notamment la langue, quand tous les autres internes ne sont finalement que les ouvriers d'un travail à la chaîne. Ils n'ont à leur charge qu'une partie extrêmement précise et scindée de l'ensemble du processus, ce qui, d'après mes observations, ne leur permet pas vraiment de progresser en clinique),
1 interne qui observe et aide uniquement si nécessaire.
3. Les médecins chinois ont une double formation : biomédecine et médecine chinoise
Beaucoup d’étudiants occidentaux imaginent une médecine chinoise totalement séparée de la médecine moderne. En réalité, la formation des médecins chinois à l'hôpital est beaucoup plus hybride.
Les médecins de médecine chinoise reçoivent tous une formation en biomédecine et en médecine chinoise. La part de biomédecine dans leur formation varie selon leur décennie de formation (la Chine tend à l'intégration de la médecine occidentale et de la médecine chinoise donc le nombre d'heures de biomédecine y est plus important qu'il y a quelques décennies), leur cursus (cursus hybride 50-50, cursus médecine chinoise...), la modalité d'enseignement (université/hôpital, maître-disciple...).
Cette double formation coexiste constamment dans la pratique clinique. Les médecins chinois demanderont fréquemment des analyses de sang, des IRM et des scanners puis prescriront une formule de plantes et/ou appliqueront des aiguilles.
Lorsque j'étais en gynécologie, le recours à l'échographie était de l'ordre d'une patiente sur 3. Dans ce cas-là, la patiente allait faire l'échographie dans une autre salle du même couloir du service de gynécologie, puis revenait voir la médecin qui, après avoir inspecté le rapport de l'échographe et réalisé une anamnèse de médecine chinoise, prescrivait une formule de plantes.
Je reviendrai plus en détail sur cette formation dans un prochain article, car le système chinois est très différent de ce qu’on imagine souvent en Europe.
4. Les patients chinois sont très attentifs aux variations de leur corps
En Chine, très souvent, les patients consultent très tôt, parfois dès les premiers signes de déséquilibre. Ils sont beaucoup plus attentifs aux variations de leur corps. La médecine chinoise commençant d'abord par la diététique, les patients sont souvent très familiers avec son vocabulaire. Il n’est pas rare d’entendre un patient dire de lui-même : “Je pense que j’ai une dysharmonie rate/estomac.”
Ce rapport au corps est très différent de ce qu’on observe souvent en Europe, où les patients consultent parfois après plusieurs années de symptômes. Le système chinois facilite aussi énormément l’accès aux consultations : en effet, il n'est pas possible à l'hôpital public de réserver une consultation qui aurait lieu quelques jours/semaines plus tard. Chaque matin, tous les créneaux de consultations sont ouverts et il revient à chacun de se lever tôt ou du moins plus tôt que les autres pour avoir une chance de voir un médecin.
5. Le diagnostic se construit souvent sur plusieurs consultations
Une autre chose très surprenante pendant un internat en Chine, c’est que les médecins revoient souvent leurs patients plusieurs fois par semaine. Le diagnostic ne repose donc pas forcément sur une seule consultation exhaustive.
C’est d’ailleurs pour cela qu’il peut être étonnant, au début, de voir certains médecins omettre certaines questions qui nous sembleraient essentielles en Europe. En réalité, le patient reviendra dans quelques jours et le médecin pourra réévaluer les symptômes, l'évolution de la langue et des pouls, ajuster les points ou la formule... et affiner progressivement son diagnostic.
La pratique clinique devient alors beaucoup plus dynamique et évolutive. On réalise vite que l’efficacité repose alors moins sur une anamnèse interminable que sur :
la fréquence du suivi,
l’observation répétée,
l’évolution clinique,
et l’adaptation continue du traitement.
